Yaoundé, 5 août 2026
– L’heure est à la refonte de la filière cacao au Cameroun. Ce mercredi, à l’Hôtel de Ville de Yaoundé, le gouvernement a officiellement lancé une réflexion nationale inédite sur les mécanismes d’une meilleure répartition des richesses. Présidée par le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, en présence de ses homologues de l’Agriculture et des principaux dirigeants du secteur (ONCC, FODECC, CICC), cette assise marque un tournant dans l’approche des défis du « brown gold » camerounais.
Un constat alarmant sur les disparités salariales
L’intervention du membre du Gouvernement a d’emblée donné le ton. Loin des discours de circonstance, Luc Mbarga Atangana a pointé du doigt la fracture qui fragilise toute la chaîne de valeur. « L’évidence commande de reconnaître que les écarts de rémunération entre les producteurs et les autres acteurs restent trop importants, au point de menacer l’existence même de la filière », a-t-il martelé depuis l’estrade.
Pour illustrer l’urgence de la situation, le ministre a utilisé une analogie frappante. Selon lui, la précarité dans laquelle évoluent les planteurs locaux serait jugée intolérable en Europe, où elle aurait provoqué des crises sociales profondes. Un appel à la responsabilité collective lancé à tous les intermédiaires et exportateurs présents dans la salle.
Dialogue et transformation locale : les deux piliers de la sortie de crise
Refusant toute décision unilatérale, le gouvernement mise sur la concertation. « Il s’agit d’accepter de se mettre autour de la table, de confronter nos points de vue et d’en dégager une voie médiane », a plaidé le ministre, citant l’écrivain Ernest Hemingway pour souligner la nécessité d’une solidarité entre les acteurs.
Volet économique et fiscal : Le dossier brûlant de la transformation locale a également été soulevé. Avec une capacité installée de 250 000 tonnes (équivalant à la production de la campagne écoulée) et une demande croissante du Nigeria (200 000 tonnes), le Cameroun possède des atouts majeurs. Toutefois, Luc Mbarga Atangana a ouvert une brèche en s’interrogeant sur les contreparties des avantages fiscaux accordés aux transformateurs, appelant à une redéfinition de la politique d’incitation.
Sortir du silence sur les fuites vers le Nigeria
Autre sujet explosif mis sur la table : l’évasion des fèves vers le marché nigérian. Le ministre a dénoncé l’incohérence d’un système où les opérateurs appellent l’État à l’aide tout en refusant le dialogue sur les flux transfrontaliers. « À quoi servirait-il de continuer à nous plaindre si nous fermons la porte au dialogue avec le Gouvernement ? », s’est-il interrogé, insistant pour que plus aucun sujet ne soit tabou.
Vers une nouvelle campagne (2026/2027)
Ce forum ne restera pas lettre morte. Les conclusions des échanges, qui se poursuivent jusqu’à ce jeudi, serviront de socle pour l’orientation de la campagne cacaoyère 2026/2027. L’enjeu est double : restaurer la compétitivité du cacao camerounais sur le marché mondial et garantir enfin une rémunération digne aux producteurs, souvent considérés comme le maillon faible d’une industrie pourtant florissante.



